Corps mobiles : penser avec Nicole Gingras
Relâchez les épaules, cherchez là où ça se crispe en vous, et imaginez qu’un brouillard entoure cette résistance, car forcément, ça se crispe quelque part, en vous qui n’êtes pas habitué·e·s à ce que l’on s’adresse à vous. Mais vous n’êtes pas seul·e. D’innombrables lectures accompagnent la vôtre, vous n’avez plus à porter ce fardeau d’être si unique, irremplaçable et si seul·e. Ayez confiance que ce vous est un espace capable d’accueillir ce poids. Détendez-vous là-dedans, dans cette charge maintenant partagée de l’existence.
- Clara Dupuis-Morency, Désert Désir
Les mots font image ; la pensée résonne.
- Nicole Gingras
Si j’avais à donner forme au monde1 de Nicole Gingras, ce serait peut-être moins immédiatement par l’entremise d’œuvres singulières qu’en proposant à l’imaginaire un édifice contenant plusieurs pièces ou, selon ce qui semble le plus confortable, une variété d’espace menant vers des ouvertures. Aussi, dans chaque pièce ou espace, je logerais peut-être moins une image qu’un mot dont la résonance agit sur tout le corps. J’y trouverais ainsi les termes : écoute, accompagnement, durée, image, mémoire, rythme, voix, silence, matière.
Des mots qui, une fois le geste d’ouverture pratiquée (porte que l’on pousse, fenêtre que l’on soulève, verrou que l’on décadenasse, image que l’on dévoile, écran qui s’illumine, espace dans lequel on s’avance), se mettraient en effet à agir sur les organes et la conscience de manière sensuelle, intuitive, méditative ou même analytique, mais par champs colorés et échos harmoniques, par sensations spatiales et associations de souvenir, par réverbérations sonores et textures soudaines. Dans cette métaphore spatiale libre, on pourrait, par exemple, assister au comportement dans l’espace du mot « écoute » (sa qualité de staccato Benesiinaabandan amortie par ses voyelles) ; se surprendre de la dimension charnelle du silence ; réfléchir au poids d’un certain objet dans sa main ; subir ses propres trous de mémoire.
On pourrait également entendre des paroles, toutes sortes de paroles. Des paroles explicatives, des paroles affectives, des paroles en boucle, d’autres qui tour à tour s’érigent et s’effondrent. Des expériences relatées au fur et à mesure du souvenir qui s’avance ; des appels vers l’au-delà 2; des questions posées comme « Que pensez-vous de l’expression “se sentir chez soi” ? Est-ce une notion importante pour vous ? Ou est-ce une notion qui vous est pertinente ? Si c’est le cas, quand, où et comment vous “sentez-vous chez vous” ?3 ». On y sentirait « des corps au défi, le défi de rester ancré au sol peu importe les intempéries extérieures et intérieures »4. On y entendrait des rires, discrets ou ouverts, et parfois même le bruit imperceptible que produisent des commissures de lèvres qui sourient. On y éprouverait l’image comme un souffle, « née, justement, d’un état de suspension, d’épuisement et de perte nécessaire à sa manifestation »5, dans cette « dimension paradoxale de toute apparition, faisant corps inexorablement avec sa disparition»6. On y ferait l’expérience de « seuils interminables, parce que se renouvelant sans cesse »7.
M’inspirant librement d’une technique de mémoire ancienne8 me permettant de circuler dans le corpus « Nicole Gingras », je tente de me saisir de l’amplitude d’une pensée, de convier la richesse de spectature qu’elle interpelle et de faire état de la question du support, fût-il imaginaire et flexible, en tant que celui-ci rend possibles nos traversées de conscience. Comme trois nœuds de relation ou trois mouvements, parties d’une même tresse, qui viennent dire toute la résonance que crée (en moi) la fréquentation de l’œuvre de Nicole Gingras.
J’emploie le mot d’œuvre, à dessein : au sens de travail en train de se faire, inchoatif et jamais clos — ouvrir l’intelligence des créations, déplier infiniment ce qu’elles offrent à nos corps de pensées — mais aussi et à l’inverse, au sens de somme qui se donne à contempler dans sa cohérence et ses sinuosités, dans sa singularité et dans sa physicalité.
Enfin, je tente aussi de rendre perceptible un certain dégagement, une certaine dimension intercalaire de l’expérience opérée partout par et dans cette œuvre. Et très certainement toute la douceur d’adresse qui lui est inhérente.
De la mobilité
Mais alors que les termes choisis pour animer les pièces de l’édifice imaginaire proposé permettent de faire résonner l’univers sensible de Nicole Gingras, je songe également à un autre mot ressortant à la parole de cette dernière.
Ce mot permet plus que d’autres de continuer d’avancer dans la compréhension d’un parcours caractérisé par la grande pluralité de médiums qu’il subsume et active, regroupés sous les auspices de l’exposition (en musée, galerie, centre d’artistes) ; de la programmation de films et de vidéos, et de l’écriture et de l’édition. Ces modes de diffusion et de cotravail ayant pour dénominateur commun l’échange : en tant que ce dernier recèle un savoir-faire, construit de la présence et fait lui-même appel à certains supports (la voix, le papier, le courriel, l’enregistrement).
Je pense au terme de mobilité, ou à son spectre sémantique que l’on croise également fréquemment dans le discours de Nicole Gingras.
Par exemple :
« L’expérience de la durée nous inscrit dans une mobilité, mobilité du regard et de l’écoute, de la pensée et de la mémoire. »9
Mais aussi :
Ce qui renouvelle mon engagement envers la pratique du commissariat, c’est le travail des artistes et des auteurs et autrices : un film, une installation, une œuvre sonore, un tableau, le titre d’un livre, une discussion, une visite d’atelier, un mot, un son. Je remarque de nombreuses initiatives qui confirment la vivacité des artistes et la détermination des personnes qui travaillent à la diffusion et à la dissémination des idées et des œuvres. Pensons aux maisons d’édition indépendantes, aux microcinémas, aux évènements ponctuels dans l’espace public, à d’autres modèles de lieux de diffusion et d’expositions plus intimes. Ce ne sont pas des phénomènes nouveaux, mais je note une effervescence qui me fascine et me réconforte. L’important est de continuer à regarder, à écouter, à lire, à être présente et réceptive aux visions que nous offrent les artistes œuvrant dans la solitude et l’exigence de leur atelier. Tout comme il est précieux d’être à l'affût des pistes que nous proposent les chercheurs, chercheuses, penseurs, penseuses, auteurs et autrices. Il est important de penser et de demeurer mobile face à ce que l’on découvre et ce que l’on souhaite partager.10
« Demeurer mobile » : l’expression condense un état intérieur à partir duquel regarder le monde. Cela veut peut-être dire élire résidence dans la mobilité, l’habiter. Un oxymore qui n’est pas reconduire un battement caractéristique des petites et grandes obsessions de Nicole Gingras, soit la fixité et le mouvement, et qui traduit, en creux, une véritable éthique de l’écoute où le fait de cultiver une posture d’ouverture — et de doute fructueux — vient s’appuyer sur une pratique précise : « continuer à regarder, à écouter, à lire, à être présente et réceptive aux visions que nous offrent les artistes ».
Demeurer mobile, c’est de surcroît se tenir à l’affût des modes de transmission des œuvres : « [les] maisons d’édition indépendantes, [les] microcinémas, [les] évènements ponctuels dans l’espace public, [et] d’autres modèles de lieu de diffusion et d’expositions plus intimes. » C’est savoir prêter son corps et sa conscience à une pluralité de formes (« un film, une installation, une œuvre sonore, un tableau, le titre d’un livre, une discussion, une visite d’atelier, un mot, un son ») et dès lors, travailler dans le secret au mouvement constant de sa propre identité, accueillir la transformation, s’élargir au contact de ce que l’on ne connaît pas. Adhérer à une certaine porosité.
C’est envisager l’exposition, la programmation, l’édition, l’écriture et la conversation dans toute leur portée d’in-betweenness : entre l’intériorité des œuvres et l’extériorité de personnes hypothétiques qui les recevront. C’est plus précisément inventer des mobiles ou des « modes d’accompagnement », comme dirait Nicole Gingras, permettant de transmettre les visions artistiques dans l’espace et le temps, en faisant jouer sa propre compréhension comme liant.
Approcher l’œuvre de Nicole Gingras par le prisme de la mobilité, c’est, au regard des supports, en entrouvrir le caractère protéiforme, en perpétuel état d’invention.
En parcourant les différents projets d’édition de la commissaire, parmi lesquels ceux relevant de sa maison d’édition fondée en 1996 — les éditions Nicole Gingras —, on apprivoise une matérialité en constante adaptation. Y découvrant tantôt une tranche utilisée comme un espace d’empiétement et de débordement (Raymond Gervais, Nicole Gingras, Puisqu’à toute fin correspond — Entretiens, Éditions Nicole Gingras, 2007), trouvaille de la designer graphique Dominique Mousseau ; tantôt un livre-objet conçu par Jean Corbeil qui se manipule de bas en haut comme un cahier de notes (Manon Labrecque : corps en chute, Éditions Nicole Gingras, 2002) et qui nous surprend avec un dessin de l’artiste et des images qui s’épanouissent sur toute la page ; tantôt un tout petit livre, tel un objet précieux soulignant ainsi avec humour les vingt-cinq ans de Vidéographe, à l’issue d’un travail de visionnement (d’« écoute ») de quelque huit cents vidéos, échelonné sur deux ans (Revoir la collection : 25 ans de vidéos québécoises, canadiennes et européennes, Vidéographe, 1997).
On évalue également tout le poids sculptural et poétique des paroles offertes et recueillies, depuis le silence que façonne la page. Notamment et de façon poignante, ce placement remédié de la voix de Manon Labrecque dans le livre issu de l’exposition des [ré]animations11 où Nicole Gingras a procédé à un montage de certains passages issus de la correspondance qu’elle a entretenue avec l’artiste. La mobilité se mesure ici au choix d’omettre sa propre parole pour créer de l’apparition, afin de sertir tout le sens et la fulgurance de pensée de Labrecque. Les marges de la page/le choix du silence tel un socle à la pensée de l’autre.
À nos transformations
De fait, ce « demeurer mobile » se déploie et s’étoffe à travers les échanges longs avec les artistes et la coorganisation de traversées de pensée et d’expérience entre les médiums et les œuvres. Nicole Gingras précise en effet, et comme à chaque fois, que son travail s’élabore en collaboration étroite avec l’artiste [avec qui sur le moment elle travaille], que les « décisions se prennent à deux ». Échanges sur le long terme, co-extension de l’écriture et accompagnement du déploiement des processus, fabrique d’enveloppes médiales et d’agencements de façon à se maintenir au plus près des mouvements observés, ressentis voire pressentis et à nous interpeller de manière intime et souterraine : la mobilité que travaille Gingras trace une circulation entre les œuvres approchées comme êtres mouvants ou organismes qui nous regardent (et l’expression d’image en mouvement qu’utilise volontiers la commissaire semble ainsi s’étendre à l’œuvre comme être animé) ; les artistes avec qui elle compose des matrices d’interrogations et de pensées ; les espaces et les durées dans lesquels inscrire ces œuvres ou êtres en mouvement ; et puis nos propres corps de spectature eux-mêmes abordés comme des substances spongieuses, liquides, mouvantes. Elle façonne ainsi en nous un espace capable d’accueillir ce poids.12
Je reprends encore ici Nicole Gingras au mot, depuis cette fois la présentation donnée dans le cadre de l’une des séances prenant part au cycle de discussions-projections portant sur la programmation de films que nous avons organisé chez Hors champ, en 2025, intitulée « Le film exposé»13 . Et je parle à l’aide d’une sorte de présent historique ou réflexif, un « depuis » inséré dans le passé de cet événement, afin de mieux extraire cette part de mobilité qui se joue, à chaque instant chez Gingras, à l’intérieur de multiples strates. Opérer peut-être aussi un effet de lenteur dans ma propre compréhension, sous l’effet de la densité en jeu.
Pour faire état de sa pensée à l’endroit de l’axe privilégié lors de la séance, Gingras choisit, pour l’occasion, de présenter deux expositions qu’elle a commissariées chez VOX, Compositions | Pale Shadows (2019-2020) sur le travail de Monique Moumblow14 et Chutes (2024) sur le travail d’Alexandre Larose15. En introduction de sa présentation, elle s’interroge : « Comment expose-t-on un film ? Expose-t-on un film ? À quels types d’expériences un film projeté ou un film exposé convie-t-il, le spectateur, la spectatrice, les visiteurs ? De quels types de présences sommes-nous alors témoin ? Et quelle attention leur accorde-t-on ? ».
D’emblée, il s’agit donc d’aménager un espace interrogatif pour l’exploration des processus derrière et à l’œuvre des deux expositions. D’insérer de la sorte dans sa propre parole et l’écoute des personnes sur place une suspension assumée, un pas de recul, une forme de marge pointant vers ce que les termes supposent : film exposé ou vers quels types d’expériences, vers quels types de présence, vers quelle attention. Autrement dit, il s’agit de se donner les moyens d’exercer une mobilité, c’est-à-dire de créer préalablement de l’espace.
Progressivement, des descriptions rigoureuses invitent l’audience à fréquenter les œuvres de Moumblow et de Larose en liant leur poétique respective aux paramétrages de l’espace d’exposition :
nombre de salles
éléments architecturaux
ambiances contrastées entre white cube et black box selon les différentes salles
type d’images (vidéo, image numérique, pellicule transférée en numérique)
modalités de diffusion du son et de l’image : avec casque d’écoute ou son libre ; diffusion en boucle ; installation, nombre de projecteurs ou de moniteurs, projection directement sur le mur ou dans moniteur
format des images et effet dégénératif produit dans la série erased de Moumblow où chaque boucle de diffusion produit un effacement d’une petite partie des images
contaminations ou dissociations produites entre les œuvres — Chutes de Larose incluait trois journées de projection des films en pellicule du cinéaste à la Cinémathèque québécoise, une occasion de jouer non sans malice avec les attentes distinctes des publics liés au cinéma expérimental et aux arts visuels
interpellation produite sur l’hypothétique visiteur·euse — effet de tête-à-tête pour une œuvre ; intimité de l’écoute du son avec casque pour d’autres, immersion et mobilisation du corps spectatoriel dans l’installation à quatre écrans et bande sonore La Grande Dame)
Il s’agit aussi d’indiquer la présence de mouvements et de transferts en désignant « la présence fantomatique du cinéma dans l’œuvre vidéographique et installative de Monique Moumblow » et « les rapports entre rêve et travail chez Alexandre Larose (ou le travail du rêve) », et plus précisément, dans ce dernier cas, le processus qui permet de rendre compte « d’une sensation, d’une émotion dans sa spatialité et sa matérialité viscérale ».
Toute la richesse des possibles est étalée devant nous afin de nous donner à comprendre et à reparcourir comment une forme installative s’élabore, dans les deux cas mais différemment, à partir ou autour d’œuvres filmiques. Comment, d’un médium à l’autre, de la transformation peut, au détour de l’échange et de la mise en tension et/ou en commun d’idées, advenir ; comment, autrement dit, tout est fantômes, hantises, rêves pour qui veut bien prendre le temps de voir et d’écouter ; force de circulation ; potentiel de déplacement.16
T
r
a
n
s
f
o
r
m
a
t
i
o
n
s
*
Ce jour-là, Nicole Gingras a également pris soin de préciser que c’est dans les suites d’un échange qualifié de « magique » avec Michèle Thériault, lors de la projection du film 1970 — Sans paroles de Moumblow sélectionné pour la section FIFA expérimental — que Gingras a pendant 23 ans soigneusement et brillamment programmée — , que l’idée d’une transformation du film en installation, a peut-être germé pour la première fois mais pour n’éclore que quelques années plus tard lors d’échanges avec Moumblow en préparation de l’exposition à VOX. Durant le FIFA, 1970 — Sans paroles, dans sa version filmique, y était mis en dialogue avec le film Speak White de Pierre Falardeau et Julien Poulin (1980). Encore ici : échanges, « frictions entre les œuvres17», espace (du temps qui passe), durée, échanges, devenir, transformation.
Pour rappel, le film 1970 — Sans paroles prélève dans le discours iconique de Michèle Lalonde filmé par Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse (1970), les moments de pause où le souffle devient perceptible. En mettant en suspension la parole de Lalonde pour recanaliser l’attention vers ce qui, plus sourdement, la sous-tend (la respiration, l’élan ou la retombée de parole), Moumblow joue avec l’imaginaire prégnant de ce moment de surchauffe historique où, précisément, c’est la performance devant la foule amassée au Gesù qui en est venue, dans l’immédiateté de cette soirée et au fil du temps depuis le film de Labrecque et de Masse, à cristalliser une mémoire de la lutte et de la revendication poétique. Moumblow fragilise ce moment, l’entame à la façon d’une blackout poetry et le rend ce faisant à nouveau disponible à la réflexion.
Dans son commentaire sur la transformation du film en installation, c’est précisément et forcément l’éloquence de cette mise en silence qui retient Gingras, dans ce que la transformation en installation induit d’ironie entre « la subtilité de la bande-son » — diffusée dans des casques d’écoute — et la « monumentalité de l’image », dit-elle.
Je dis forcément car comment ne pas voir dans cette opération d’aménagement du souffle contenue dans 1970 — Sans paroles et dans sa transformation installative, le corps fantomatique d’une métaphore hébergeant — non plus à l’aide d’un édifice imaginaire mais bien cette fois à l’aide d’une œuvre —, le travail de Nicole Gingras. Métaphore de toutes sortes de crans de mobilité activés et franchis, autant de déplacements porteurs de réflexivité. Métaphore de la mise en résonance des corps d’œuvre qui se rencontrent et des voix-silences qui les parcourent. Métaphore de ce qu’une œuvre peut se faire agent de la mémoire, créer de la durée et s’inscrire dans une durée, se faire lieu où se rassembler dans l’expérience, point de rencontre de nos solitudes partagées. Métaphore d’un travail du déplacement, du sas, du seuil, de la mobilité comme approche vitale et de la transformation en tant que rendue possible à partir de l’échange.
Mais 1970 — Sans paroles survient également à ma conscience telle une sorte de négatif ou peut-être de miroir solarisé, du silence exercé par Gingras devant la parole de Manon Labrecque, de ce sertissage-montage même. J’y trouve en creux la forme de l’advenue du corps de la commissaire comme nœud de relations, comme organisme qui absorbe et réfléchit la lumière, lequel induit un idéal pour mon propre corps d’éditrice. Là où le silence est une chose qui se fait entendre, devenant la matière même de l’éthique de l’écoute qu’incarne l’œuvre-édifice — monumental et subtil — de Nicole Gingras.
- « Chaque artiste développe un monde, son monde » écrit Nicole Gervais dans « Le son des mots » dans Nicole Gingras, Raymond Gervais, Raymond Gervais 3 x1, Coproduction de VOX, centre de l'image contemporaine et Galerie Leonard & Bina Ellen, 2011, p. 98.
- Par exemple : « Houdini, si tu nous entends, si tu es vivant, fais-nous signe. Témoigne de quelque façon que ce soit de ta présence dans cette autre dimension à laquelle nous n’avons pas accès ». En échange avec Nicole Gingras, Raymond Gervais rapporte l’histoire d’un disque où l’on peut entendre une séance organisée par des amis d’Houdini où ils appelaient ce dernier, défunt, à se manifester. Raymond Gervais, Nicole Gingras, Puisqu’à toute fin correspond — entretiens, Montréal, Éditions Nicole Gingras, 2007, p. 42.
Parmi les questions que Nicole Gingras adresse aux artistes Scott Benesiinaanbandan, Anouk De Clercq, Aernoudt Jacobs, Vinicius Jatobá, Esther Venrooij, Andrée Préfontaine, Yan Jun, Jen Reimer, Karen Task dans 9 entretiens / interviews, Montréal, Éditions Nicole Gingras, 2024.
- Manon Labrecque dans des [ré] animations, Montréal, Salle Alfred-Pellan, Maison des arts de Laval, 2022.
- Nicole Gingras, Souffle / Breathing, Montréal, Optica, un centre d’arts contemporains, collection « Voix contemporaine », 2003, p. 7.
- Ibid.
- Ibid., p. 8.
Je me réfère au travail de Frances Allan Yates sur l’histoire des mnémotechniques et à sa manifestation chez Simonide de Céos, rapporté par Cicéron que cite Yates : « Aussi, pour exercer cette faculté du cerveau, doit-on, selon le conseil de Simonide, choisir en pensée des lieux distincts, se former des images des choses qu’on veut retenir, puis ranger ces images dans les divers lieux. Alors l’ordre des lieux conserve l’ordre des choses ; les images rappellent les choses elles-mêmes. Les lieux sont les tablettes de cire sur lesquelles on écrit ; les images sont les lettres qu’on y trace. » Frances Allan Yates, L’art de la mémoire, trad. Daniel Arasse, Paris, Éditions Gallimard, 1975, p. 14.
- Véronique Leblanc, « Entretien avec Nicole Gingras », Esse, 2023, https://esse.ca/compte-rendu/entretien-avec-nicole-gingras/.
- Ibid.
- Véronique Leblanc, “Entretien avec Nicole Gingras”, Esse, 2023, https://esse.ca/en/reviews/entretien-avec-nicole-gingras/.
Clara Dupuis-Morency, Désert Désir, Montréal, Noroît, 2026, p. 16.
- Séance « Le film exposé » avec les commissaires Ariane De Blois, Dominique Fontaine, Michèle Thériault, Nicole Gingras au Cinéma public, 6 décembre 2025, https://horschamp.qc.ca/programmation/view/reflechir-la-programmation-gestes-critiques-gestes-createurs-seance-3-le-film-expose.
- https://centrevox.ca/expositions/monique-moumblow.
- https://centrevox.ca/expositions/alexandre-larose-chutes.
- Dans le cas de Moumblow, le fil de la parole de Gingras retraçant les paramètres d’exposition relie les sept œuvres exposées, quatre installations et trois vidéos qui, à travers leur diversité matérielle et de création, dialoguent entre elles (et dedans soi) autour de modalités de trouble dans la parole, de stratégies de détournement et de trajectoires transformatrices à même ce qui s’efface, tels des points de suture ou de montage. Dans le cas de Larose, la parole fraye son chemin en faisant retour sur la juxtaposition de certains documents d’archives et du film Bonne nuit (film super 8 en version numérique, 2006), dans le temps et dans l’expérience, en allant vers l’obsession constituée autour de la chute de son propre corps dans l’espace, dans le travail installatif magistral de La Grande Dame (2018-2022). La parole de reconstitution reconnecte l’œuvre à son processus.
- Véronique Leblanc, « Entretien avec Nicole Gingras », Esse, 2023, https://esse.ca/compte-rendu/entretien-avec-nicole-gingras/.